Les Femmes à Idlib Défient les Extrémistes Islamiques

Voici une traduction de l’article:

Women in Idlib Challenge Islamic Extremists par Zaina Erhaim et Jomana Qadour paru le 26 juillet 2017 dans Middle East Institute.

index Idlib

Au milieu du marché principal de la Ville d’Idlib, au cours d’une des journées les plus chargées de l’année, la Fête de l’Aïd, Amal, une résidente de la ville, était arrêtée par la police islamique. On lui reprochait son refus de porter le long manteau noir requis, le mantou. Au lieu de baisser le regard ou de s’excuser profusément, Amal a répondu vivement à la police islamique, qui est affiliée à Jaish Al-Fatah, «Ce que je porte ne regarde personne ! Je vis ici depuis 25 ans alors vous êtes qui pour me contrôler?” La situation a vite dégénéré et une bagarre a éclaté alors des commerçants se sont interposes entre Amal et la police, jusqu’à ce qu’elle arrive à s’en fuir.

L’histoire d’Amal, racontée aux auteurs de cet article, n’est qu’un exemple de la colère que les forces armées fondamentalistes suscitent de plus en plus chez les citoyens car ils cherchent à imposer des réglementations islamiques très strictes, en particulier sur la population féminine d’Idlib. Maintes et maintes fois, nous avons entendu des histoires similaires qui reflètent la nécessité absolue de continuer à soutenir la résistance de la société civile contre les groupes armés extrémistes. Sans cette résistance, ces groupes auraient déjà pris depuis longtemps le contrôle civil sur une grande partie du territoire tenu par l’opposition.

La province d’Idlib, souvent désignée sous le titre de «La Petite Syrie», a accueilli des centaines de milliers de syriens déplacés de force depuis Alep, Damas et Homs. La Ville d’Idlib avait une population de 165 000 habitants en 2011, et aujourd’hui elle accueille jusqu’à 400 000 personnes. De plus, des combattants étrangers sont venus du monde entier dans la province d’Idlib pour se battre avec des groupes comme Hay’at Tahrir al-Sham (H.T.S.) lié à Al-Qaïda. La présence de ces combattants étrangers se ressent quotidiennement dans ce bastion de l’opposition. Ghalia, une résidente et professeur à l’Université d’Idlib, a raconté à Zaina Erhaim qu’il lui a fallu attendre 20 ans avant de voir un étranger à Idlib en parlant de son voisin qui est venu du Turkestan pour se battre en Syrie. « Maintenant ils sont de partout!”

Même si H.T.S. a la mainmise sur Idlib, ainsi que d’autres groupes armés extrémistes, les résidents d’Idlib, et en particulier les femmes, ont trouvé des moyens uniques pour cesser tout soutien à la normalisation des idéologies de ces groupes. Dans le domaine social, comme une des auteurs a pu en témoigner elle-même, les femmes d’Idlib ont réussi à isoler d’autres femmes syriennes qui ont choisi d’épouser des djihadistes étrangers. Ces femmes ne sont pas invitées aux réunions quotidiennes traditionnelles et réservées aux femmes, et sont donc mise à l’écart de la communauté.

Du point de vue professionnel, beaucoup de femmes sont les acteurs principaux sur le terrain où elles mènent des initiatives dans les domaines de l’éducation, la médicine et la psychologie. Cependant, H.T.S. a imposé une surveillance très stricte sur l’Université d’Idlib où ils veillent sur la ségrégation entre des hommes et des femmes et où ils perturbent les programme d’études, comme par exemple la transformation de l’Ecole de Droit en une Ecole de Charia et ils annulent des cours de philosophie.

Malgré ces restrictions, les enseignants comme Ghalia continuent à enseigner, et essaient de motiver les élèves pour qu’ils se rendent compte eux-mêmes la vraie valeur de la poursuite de leur éducation. Le plus grand défi n’est pas le bombardement constant, ni les tirs d’artillerie, ou même pas des voitures piégées qui explosent chaque semaine; les résidents sont habitués à la violence. La tâche la plus difficile pour les éducateurs est de maintenir l’intérêt des étudiants pour leur éducation, même s’ils savent très bien que leurs diplômes ne seront pas reconnus par une autorité quelconque. Les écoles et les universités en dehors du territoire de régime ne sont pas reconnues, ainsi elles sont dans l’impossibilité de délivrer une certification officielle. Cependant, le fait de maintenir ces universités, qu’elles soient accréditées ou non, est devenu maintenant plus important que jamais.

Comme les familles craignent trop pour leurs filles, elles ne les envoient pas dans les universités gérées par le gouvernement dans des zones détenues par le régime. Si elles sont arrêtées, et que le régime sait que leur famille soutient la révolution syrienne, elles seront envoyées dans des prisons du régime où elles risquent d’être violées. Même si elles n’ont pas été violées, la possibilité qu’elles auraient pu l’être demeure et les femmes syriennes détenues sont souvent stigmatisées à leurs retours dans leurs sociétés, rendant leur réintégration et le mariage plus tard difficile.

Les femmes ont également fourni un soutien médical et psychosocial incomparable à d’autres femmes, en particulier celles déplacées de force de leurs maisons et qui se trouvent dépourvues  maintenant des structures de soutien d’autrefois, comme le soutien de leur famille élargie, dont elles bénéficiaient auparavant. La sœur de Ghalia, Sawsan travaille comme coordonnatrice de terrain pour un projet sur la violence basée sur le sexe de la victime avec une organisation de la société civile internationale, où elle dirige trois centres qui apportent un soutien psychologique afin de s’assurer que les victimes soient capables de renouer avec la société à la suite d’un tel traumatisme.

Les centres de formation professionnelle et d’apprentissage sont également établis à travers Idlib afin de proposer aux femmes des débouchés pour qu’elles soient occupées, actives, et informées sur ce qui se passe dans la vie même en dehors de la province. Il y a maintenant 19 centres qui proposent une formation professionnelle, l’éducation sur la paix, et même une éducation de base telle que des maths et la lecture à des milliers de femmes.

L’un de ces centres, My Space, a débuté en 2015 comme un cyber café gratuit pour permettre aux femmes d’accéder aux informations sur les événements en dehors de leurs communautés locales. En quelques mois, le Centre a commencé à proposer des cours de premiers soins et des cours de Permis de Conduire International en Informatique, en plus des cours de langue anglaise, française et turque. Les instructeurs proposent également des conseils en comment rédiger un CV et rechercher un emploi. Ces cours ont facilité l’autonomisation économique des femmes et leur indépendance, en leur permettant de rester à Idlib au lieu de les contraindre à chercher refuge dans les pays voisins. Et même si le Conseil Provincial d’Idlib n’a pas de membres féminins au Conseil pour le moment, il a invité des militantes à participer à des réunions de coordination. C’est un domaine qui a encore besoin d’être amélioré.

Ce n’est pas du tout facile d’être une femme à Idlib, où H.T.S. est fortement implanté, et dans une région qui subit constamment les bombardements lourds du régime syrien. Les femmes n’ont pas seulement pris des mesures extraordinaires pour garder leurs communautés physiquement en sécurité et pour qu’on reste à l’intérieur de la Syrie, elles ont également encouragé la croissance intellectuelle et ont lutté pour réintégrer les victimes de crimes les plus horribles que nous ayons vu ce siècle, y compris les viols violents et la torture.

C’est dans le meilleur intérêt des femmes syriennes de poursuivre le soutien aux programmes décrits ci-dessus, mais pas seulement. C’est aussi dans l’intérêt des puissances étrangères comme les États-Unis, qui tente de surveiller la transition vers une Syrie stable. On ne peut pas produire une Syrie stable si la préoccupation principale est de tuer des djihadistes étrangers ou  de cibler des soldats de H.T.S. La culture patriarcale et l’idéologie extrémiste continueront à gagner du terrain si les civils, en particulier les femmes, ne peuvent pas se rencontrer en toute sécurité pour apprendre les compétences de base, ou chercher un traitement ou ne peuvent pas répondre à la police fondamentaliste et aux groupes armés répressifs. Il est impératif de mettre fin à la guerre, de débarrasser la Syrie à la fois du régime syrien oppressif et des extrémistes avant de commencer la longue route pour assurer la stabilité de la Syrie.

 

You can find the original article: Women in Idlib Challenge Islamic Extremists here:

http://www.mei.edu/content/article/women-idlib-challenge-islamic-extremists

Ihsan Qu’y a-t-il dans ce nom?

      Centre Ihsan de Formation pour Femmes à Jarabulus      

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                4RucwalF_400x400IHSAN. Qu’y a-t-il dans ce nom ?

KCy_fn6W.jpg largeSix ans après le début de la révolution en Syrie et voici des amis à Jarabulus dans le gouvernorat d’Alep du nord récemment libéré de Daesh en août 2016, qui se lancent dans un nouveau projet – mettre en place un centre de formation pour femmes.

Leur intention est de proposer à des femmes la possibilité de devenir aussi autonome que possible compte tenu de la situation chaotique en Syrie pour l’instant avec des cours de couture, de soins médicaux, d’alphabétisation et des cours d’anglais. Avec l’avancement des  travaux, il est temps de donner un nom au centre.

Un site approprié est trouvé et les salles sont aménagées pour donner une atmosphère la plus agréable possible où les femmes pourront se sentir à l’aise. Les machines à coudre sont installées avec tous les accessoires dans une des pièces…

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et dans la seconde pièce, on met en place un tableau blanc et d’autres matériaux pour l’enseignement…

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Pour ce qui concerne le nom du centre, le jeune directeur l’avait déjà trouvé. Sa famille est originaire de Manbij, à peu près à 40 kilomètres de Jarabulus, ou il y avait une organisation consacrée à aider des gens en difficulté qui s’appelait « Ihsan », comme une sorte de charité de bienfaisance où la justice pour tous l’emportait. Dans ce sens, le nom « Ihsan » convenait parfaitement à son projet d’un centre de formation pour femmes.

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En allant plus loin, on découvre qu’ « Ihsan » est un terme arabe lié au mot « bienfaisance » (le mot en arabe « Husn »). Al Ihsan est l’un des principes islamiques majeurs – c’est une manière d’exceller dans toutes ses actions et de multiplier les actes de charité et de bienfaisance.

Compte tenu des difficultés rencontrées à Jarabulus et le temps consacré à la recherche d’un site adéquat, d’assurer le financement, les réparations et l’équipement des salles, de trouver des enseignantes et d’inscrire des élèves, on ne peut que les féliciter pour tous les efforts entrepris et de souhaiter bonne chance au Centre Ihsan de Formation pour Femmes.